Bonne fête des mères…

Aujourd’hui qu’on célèbre les mères en France. Ailleurs dans le monde cette journée est celebre une autre journée. Ici, au Kenya, d’où je vous écris, la fête des mère était le deuxième dimanche de mai. Peu importe la date, je pense que c’est toujours une bonne idée de prendre un moment pour se célébrer, pour se témoigner.

Quand ma fille était toute petite, elle a maintenant dix ans, j’écoutais un podcast qui s’appelait The Longest Shortest Time. Ce titre m’a toujours profondément touchée. Le plus long des courts moments.

Parce que c’est exactement cela, la maternité.

Il y a des heures qui semblent durer des années. Des journées où l’on croit ne jamais voir la fin de la fatigue, de la répétition, de la charge mentale, du besoin constant de quelqu’un d’autre. Et puis, un jour, on regarde derrière soi et des années entières semblent avoir passé en un instant.

On nous dit souvent:
« Profite, ça passe vite. »

Et oui, c’est vrai, il y a beaucoup de sagesse dans cette phrase.

Mais parfois, cette phrase invisibilise aussi une vérité de la maternité. Celle qu’à certain moment cette phase semble durer une éternité. Certaines périodes peut nous submergent tellement qu’on a l’impression de disparaître à l’intérieur du rôle de mère et cela même quand cet enfant a été profondément désiré. Même lorsqu’on a rêvé de cette famille pendant des années. Même lorsqu’on aime son bébé d’un amour immense.

On peut aimer profondément son enfant et, malgré tout, se demander:
«Est-ce que je vais encore exister autrement que comme mère?» Il existe très peu d’espaces honnêtes pour nommer ces sentiments-là. Le vertige, l’ambivalence, l’épuisement, la sensation parfois de se perdre à l’intérieur de l’amour maternel.


Comme si une mère devait seulement être reconnaissante, alors qu’en réalité, la maternité est aussi faite de paradoxes: de beauté immense et de disparition de soi, de présence profonde et de solitude silencieuse.

Alors plusieurs femmes restent seules avec leurs questions.
Est-ce que ça veut dire que je suis une mauvaise mère?
Que je n’aime pas assez mon enfant?
Que quelque chose ne va pas?

Et puis il y a aussi les moments de grâce.
Les moments où la vie semble d’une générosité bouleversante.
Voir son enfant grandir.
Le regarder devenir lui-même.

Tout cela fait partie de l’expérience d’être mère.

Être mère, c’est immense.

Pas seulement donner naissance, mais tout ce qui vient avant, tout ce qui vient après, tout ce que cela transforme en nous. La maternité nous construit, nous défait, nous révèle, nous épuise, nous ouvre le cœur d’une manière irréversible.

Je pense souvent à ce passage des enseignements bouddhistes où le Bouddha dit que même si l’on portait sa mère sur son dos pour le reste de sa vie, on ne rembourserait jamais entièrement la dette d’avoir été mis au monde.

Dans nos sociétés occidentales, ce sont parfois des concepts difficiles, même paradoxales, ces idées de dévouement envers nos parents, de dette filiale, de révérence envers la mère. Parce nous savons aussi que les relations parents-enfants sont souvent profondément complexes, donc parfois belles, parfois difficiles, parfois blessantes. Pour plusieurs d’entre nous, ces relations demandent de la distance, de la réparation, parfois même des limites nécessaires pour notre sécurité ou notre intégrité.

Donc lorsque je partage cette réflexion, je ne parle pas naïvement de ce que toutes les relations mère-enfant devraient être. Je ne nie ni les blessures, ni les ruptures, ni la complexité réelle de certaines histoires familiales.

Mais la vie contient souvent plusieurs vérités à la fois. Et malgré toutes les circonstances possibles entre nous et nos parents, entre nous et nos enfants, je crois qu’il demeure quelque chose d’immense dans le fait d’avoir été mis au monde et dans le fait de mettre au monde.

Quelque chose qui nous dépasse. Quelque chose de profondément bouleversant dans cet acte de porter, nourrir et faire exister une vie humaine.

Alors aujourd’hui, je m’agenouille devant toutes les mères. Celles qui ont été, celles qui enfantesnt comme j’écris ce texte et celles qui seront. Je m’agenouille devant mes propres pieds. Avec énormément de respect, d’humilité et ébahi devant la grandeur de cette expérience.

Joyeuse fête des mères.

Avec amour,

Mélanie Chevarie

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