Le métier de doula s’inscrit dans la tradition de la Wise Woman.
C’est le petit matin au Québec et j'ai eu l’élan de venir écrire ici sur une réflexion qui m'habite activement en ce moment. J'ai nommé la possibilité que la doula soit un des derniers métiers de l’ère moderne à s'inscrire encore dans la lignée traditionnelle des Wise Woman, en français, dans la lignée traditionnelle des Femmes-Sages.
Avec la professionnalisation et la législation des métiers de soins et de services, au fil des dernières générations, on a perdu cette capacité à simplement «Être-Avec» et «Au Service De». À voir l'humain avec une vision globale, dans l’amour et la compassion.
On ne voit que le bien ou le mal, la santé ou la maladie. On a oublié à quel point l’humain est bien plus grand que ces concepts binaires. On a perdu la vision qui voit les parts saines, fortes et capables de l’humain même dans la maladie. On a perdu de la capacité de voir à quel point l’humain est fondamentalement bon, même au fin fond de ses zones les plus sombres.
Avons-nous à ce point perdu espoir dans les capacités infinies d’humain?
La capacité d’une vision globale de l’humain fait certainement partie des principes de base de la doula. C’est ce qu'on appelle souvent la «Posture de la doula», ou encore, son «Savoir-être-et-faire».
La doula large spectre exerce avec une vision holotropique…
Bien sûr notre formation de doula large spectre couvre la physiologie et l'anatomie des différents portails de la vie, de la naissance à la mort. Elle couvre les principes de base de chacun de ces portails, et même les différents déséquilibres de ceux-ci...
Mais au-delà de ces connaissances , j'estime que la chose la plus essentielle que nous abordons encore et encore pendant nos rencontres zooms avec nos étudiantes, c'est cette capacité à se connecter et à se faire confiance dans sa nature de Wise Woman et de se mettre AU SERVICE DE l'autre.
Et c'est fou parce que cohorte après cohorte, depuis 2021, j'observe à quel point cette qualité de la Femme-Sage est en chacune de nous, et pourtant, on a presque toutes du mal à lui faire pleinement confiance. Comme si on avait vécu toutes vécu une vie à la taire, cette nature profonde, pour s'en remettre à autrui, au plus savant que nous-même sur nous-même…
Fillettes, plusieurs d’entre nous étions déjà doulas…
Je ne sais pas vous, mais moi, aussi loin que je me souvienne, je sentais cette connexion avec les traditions des femmes avant moi.
J'ai d'ailleurs plusieurs souvenirs de moi enfant, qui tente de guérir un.e ami.e blessé.e en pleine forêt, avec une potion de bouette quelconque, ou des plantes écrasées, ou encore un tissus trempé à même la rivière pendant que je chantais aux esprits de la nature…
Je suis née en 1979 alors je vous parle ici d'une époque où les enfants étaient laissé seuls à eux mêmes, sans surveillance pendant des heures, à condition de revenir à temps pour les repas du mide et du soir.
Bref, ce que je veux vous dire, aka le message même de ce billet de blogue, c'est que:
Le métier de doula s'inscrit dans la tradition des Wise Women de l'histoire. Il fait partie des rares métiers traditionnels n'ayant pas encore été touchés par la professionnalisation des savoirs.
Étant moi-même sage-femme de formation et ayant d'abord appris été initiée au métier sage-femme auprès de sages-femmes traditionnelles avant d’aller étudier à l'université, pour devenir une sage-femme légale du système. J'ai vu ce que la professionnalisation des savoirs ancestraux à fait au métier de sage-femme au Québec.
Bien sûr, l'accès au soin d'une sage-femme au sein m^me du système de santé est une chose fantastique pour les familles. Cela dit, si on est humbles et honnêtes, on sait aujourd'hui à quel point la légalisation de ce métier traditionnel ancestral n’a pas mis en priorité les qualités de la Wise-Woman chez les sages-femmes de l'ère moderne.
C'est un fait, les jeunes sages-femmes de nos jours ne connaissent plus les plantes médicinales qui supportent et guérissent, ni les trucs de grands-mères pour appeler et guider les bébés, ni les gestes de magie qui faisaient réellement une différence pour les bébés et les familles.
L’exemple le plus Bold qui me vient à l’esprit pour vous illustrer cela, est celle de la première réanimation que j’ai vu avec une sage-femme traditionnelle… Le bébé venait de naître, il était flasque et ne respirait pas. J’apprendrai dans ma formation de sage-femme qu’il était en apnée secondaire (et donc il avait besoin d’aide). La mère l’avait dans ses mains et la sage-femme lui a dit: «Me prêterais-tu ton bébé? Je pense qu’il a besoin d’un peu d’aide.» La mère lui a tendu son bébé (encore attaché à son placenta), la sage-femme a pris le bébé, elle lui a soufflé au visage et lui a fait ressentir la gravité de l’espace en le bougeant dans un symbole d’infini… Le bébé s’est mis a respirer aussitôt!
Bien sûr, certains bébés ont besoin d’une réanimation beaucoup plus complexes que ça, mais le fait est que la plupart des «réanimations» peuvent être aussi simples que ça. Souffler dans le visage du bébé, le stimuler un peu avec le toucher, et lui faire expérimenter la gravité de l’espace… Seulement on nous a convaincu du contraire. Aujourd’hui on a si peur des naissances, entre autre parce qu’on croit que si le bébé ne respire pas il a besoin de soins complexes pour respirer. Parfois c’est le cas, mais la grand majorité des réanimations sont très simples en réalité. Un peu de stimulation et hop, le bébé respire. C’est ça la perte des savoirs ancestraux. C’est à nous faire oublier les choses les plus simples.
P.S. Les doulas ne réaniment pas les bébés. Elles ne remplacent pas les sages-femmes… je vous ai partagé cette histoire pour illustrer la perte des savoirs de la Wise Woman et comment j’ai pu le témoigner dans le processus de légalisation de la pratique sage-femme au Québec.
La professionnalisation des savoirs sages-femmes ancestraux entourant la naissance a tout doucement effacé les traditions qui ont supporté l'histoire de l'humanité, depuis que le monde est monde. Pour les connaître de nos jours, il faut aller au Guatémala, au Mexique, en Asie, en Afrique… Mais au Canada, aux États-Unis, en Europe… C'est fait, on a perdu ces savoirs, on nous demande même subtilement de ne pas en parler sous faute de réprimandes. En toute honnêteté, je ne pense pas que nous pourrons revenir en arrière là-dessus. Les savoirs se perdent et celles qui les portent encore ont souvent peur d’en parler.
Les doulas s’inscrivent dans la ligné de la Wise Woman Tradition.
Elles qui savent apporter du DOUX, là où il en faut.
Elles qui savent ne pas prétendre autre chose que leur présence humble et AU SERVICE DE.
Elles qui sont fières de ne pas être là comme sage-femme, ou médecin, ou infirmière, mais seulement là comme DOULA.
Elles qui savent ramener la femme, l’homme, la personne, à son corps, son ressenti, son intuition… pour l’aider à trouver les réponses qui sont déjà là en elle, en lui.
Elles qui ne cherchent pas le mérite du héro (pensez à ces phrases si communes: «…je n’aurais jamais pu y arriver sans ma sage-femme.», «…mon bébé serait mort sans le médecin.»). Les doulas mais savent que leur invisibilité dans l’espace est un super pouvoir.
Vive les doulas!
Je suis fière d’être passé de doula à sage-femme et d’être revenue aux doulas. Pour moi, enseigner le métier de doula est une des plus belles choses qui me soit arriver. Je crois aux doulas si fort que je suis souvent déçue de ne pas l’avoir encore crier assez fort pour que le monde entier le sache.
Le doulas font partie de la solution
Plus que jamais dans l’histoire, le monde a besoin de la médecine des doulas. Et NON, il n’y aura jamais assez de doulas dans ce monde de fou.
Si vous sentez l’appel, on vous attend! Le monde a besoin de vous et les inscriptions ouvrent très bientôt pour la rentrée de septembre.
Par ici pour vous inscrire sur la liste d’attente et pouvoir vous inscrire avant tout le monde!
With LOVE.
Karine, xx