Une doula, c’est quoi… et ça mange quoi en hiver?

La doula, ce métier que peu de personne semble comprendre…

Il y a des mots qui restent souvent bien mystérieux pour la conscience populaire. Le mot doula en fait partie!

C’est un mot qu’on entend souvent en lien avec l’accouchement, parfois dans un documentaire, ou même au détour d’une conversation entre deux femmes devenues mères… Mais quand vient le temps d’expliquer concrètement c’est quoi une doula, les réponses sont souvent floues.

Comme on fait ça, expliquer le rôle d’une Doula?

Ce doux mélange de soutien, de présence, d’écoute et d’accompagnement, saupoudré d’un peu de mystère et rituels, avec toujours quelques clichés à détricoter. Tout en expliquant bien sûr, qu’une doula n’est ni une sage-femme, ni une thérapeute x, y , z, mais plutôt une professionnelle de l’accompagnement de l’humain, formée pour soutenir les femmes et les familles dans les grands passages de la vie : l’arrivée des ménarches, la préconception, la grossesse, la naissance, le postnatal… mais aussi la maladie, le deuil, la ménopause, les renouveaux…

Dans un monde moderne où tout va vite, où tous les grands portails de la vie d’une femme ont été médicalisés à outrance, où tout semble numérisable -à l’exception des métiers manuels -, où tout se planifie à la minute près ( no wonder la crise identitaire du devenir parent ), la doula amène quelque chose de radicalement apaisant dans notre monde de fou : une présence réelle, continue, compétente, et profondément humaine.

La Doula, un rôle aussi vieux que l’humanité

Le mot doula vient du grec ancien Doulē, et signifie « Femme esclave » ou encore, « femme au service d’une autre femme ». À première vue, cette signification crée de la résistance chez plusieurs et on comprend pourquoi certaines Doulas préfèrent utiliser le terme Accompagnante. À L’Institut Doulē, nous adorons le mot doula et prenons fièrement sa défense, au nom de toutes les Femmes Doulas qui nous ont précédées.

Quand on étudie l’histoire, on réalise que depuis bien avant l’existence des hôpitaux, des protocoles et des applications numériques qui nous rappellent que notre bébé est maintenant gros comme un raison, puis un pamplemousse…, les femmes n’étaient jamais seules pour traverser leurs grands portails de la vie.

Il y avait toujours une sœur, une tante, une voisine, une aînée. Quelqu’un qui savait. Quelqu’un qui avait déjà vu, vécu, et accompagné. Quelqu’un qui restait, même quand tout le monde repartait.

Ce rôle n’était pas accessoire : il était central à la survie des mères, des bébés… et des communautés.

Dans les années 1970, c’est l’anthropologue américaine Dana Raphael qui a remis ce rôle de la Doula au centre du débat scientifique. En étudiant différentes cultures à travers le monde, elle observe que la présence continue d’une femme expérimentée auprès des nouvelles mères est une constante anthropologique. Elle choisit alors de nommer cette figure oubliée : la doula. Ses travaux démontrent que ce soutien améliore non seulement l’expérience émotionnelle des nouvelles mères, mais aussi leur santé physique, l’allaitement et la santé des nouveaux-nés.

Puis l’ère moderne arrive avec ses grands sabots d’avancées médicales qui sauvera des vies certes, mais qui, par sa médicalisation extrême des fonctions normales du corps, oubliera dès le début de prendre en charge la nature émotionnelle, psychique et spirituelle

C’est à ces manquements criants de la médecine modernes que répond la Doula de notre époque contemporaine.

Elle ne remplace aucunement les professionnels médicaux.
Elle ne fait pas de diagnostics ni de presciption.
Elle ne pratique pas d’actes médicaux.
Elle occupe simplement l’espace laissé vide par la médecine: celui du lien, de la continuité et du sens même de la vie, et de la mort.

Ce que fait réellement une doula…

Concrètement, Une doula informe. Elle écoute. Elle normalise. Elle rassure. Elle traduit le jargon médical en langage humain. Elle soutient les décisions éclairées. Elle reste AVEC et AU SERVICE DE, même quand tous les autres autour disparaissent. Elle tient la main en silence. Elle porte l’espace, sans juger et sans chercher à changer l’inévitable.

Elle peut accompagner pendant la grossesse, être présente à l’accouchement, soutenir les premières semaines postnatales, aider à traverser une perte de grossesse, le postnatal d’une naissance prématurée, la convalescence d’une césarienne, la traversée d’une dépression postnatal

C’est aujourd’hui ce type de doula périnatale que nous connaissons le plus, spécialisée dans le continuum grossesse–naissance–postnatal. C’est cette même doula que l’on retrouve dans la majorité des formations pour devenir doula. Cette doula est des plus précieuse, et essentielle même.


Chaque couple qui se prépare à acceuillir un enfant 
bénificierait grandement d'avoir une doula périnatale. 


Seulement il faut savoir qu’à l’Institut Doulē, nous avons fait le choix conscient de ne pas nous arrêter là dans l’offre des services possibles d’une doula, et cela, parce que dans la vraie vie les grands bouleversements ne se limitent pas qu’à la périnatalité.

Le spectre possible des métamorphoses de l’expérience humaine est grand, et la périnatalité n’est qu’un portail parmi tant d’autres.

C’est pour cela qu’à l’Institut Doulē, nous ne formons pas uniquement des doulas périnatales, nous formons des DOULAS LARGE SPECTRE, capables d’accompagner tous les grands portails de la vie humaine.

Ainsi, une doula formée à l’Institut Doulē peut accompagner :

  • l’arrivée des premières lunes (ménarches),

  • la préconception en conscience,

  • la grossesse, l’accouchement et le postnatal,

  • le passage de femme à mère, à travers des rituels comme le mamablessing,

  • la traversée de la périménopause à la ménopause,

  • une maladie,

  • un deuil,

  • la fin de vie.

Notre posture est claire : 
l’accompagnement d’une doula ne devrait pas 
être réservé à un seul portail de l’existence 
humaine. il doit tenir compte de la 
nature cyclique et entière de la vie, 
de la naissance à la mort, 
des ménarches à la ménopause.

Pour nous, former des DOULAS LARGE SPECTRE, c’est reconnaître que les compétences à accompagner, à tenir l’espace, à soutenir la régulation émotionnelle ainsi que l’organisation dans la désorganisation, est tout aussi cruciale lors d’une périménopause ou d’un deuil, que pendant la grossesse, l’accouchement et le postnatal.

C’est là tout l’ADN pédagogique de l’Institut Doulē.  

Ce qu’une doula NE FAIT PAS…

La doula ne remplace pas le personnel médical.
Elle ne pose pas de gestes cliniques.
Elle ne décide pas à la place des parents.
Elle n’impose pas une vision. 


Ces frontières sur ce que la doula NE FAIT PAS sont à la base du métier de doula, mais malheureusement, il existe encore beaucoup de confusion autour du sujet de ce que le doula NE FAIT PAS.

Par exemple, certaines familles croient à tort qu’une doula peut faire office de sage-femme en cas d’urgence. Jusqu’à imaginer qu’elle saura gérer une complication médicale si elle survient! Ce n’est PAS le cas.

À l’inverse, certains professionnels de la santé perçoivent parfois les doulas comme des figures concurrentes, voire comme des tentatives de remplacement. Ce qui n’est PAS le cas non plus.

Ces malentendus sur ce que fait ou pas la doula nuisent à tout le monde.

Ils mettent les familles en danger lorsqu’elles surestiment le rôle d’une doula.
Ils fragilisent la collaboration interprofessionnelle entre doula-sage-femme-médecin.
Ils brouillent l’identité réelle d’un métier de doula.

La doula n’est pas une praticienne médicale.
C’est une praticienne de la présence et de l’acompagnement. 

La responsabilité de la doula n’est pas diagnostiquer ou traiter une complication médicale, mais bien de soutenir l’humain dans sa traversée en cours. That’s it.

Le rôle de le doula n’est pas de monitorer ou contrôler un processus biologique, mais bien d’aider à le vivre avec une plus grande sécurité intérieure, dans la clarté et dans la dignité.

La puissance de sa « médecine » n’est pas dans l’intervention.

Elle est dans la qualité de sa présence et de prévenance, pierre angulaire invisible mais fondamentale au métier de doula.

Paradoxalement, dans notre monde (de fou!) obsédé par la performance, la rapidité et le contrôle, la réelle présence et prévenance sont devenus rare. Et j’oserais même dire, hautement sophistiquée.


Pourquoi la doula est l’un des métiers les plus essentiels du XXIe siècle?

On pourrait croire à tord que la doula appartient au passé, mais c’est exactement l’inverse. Le monde n’a jamais eu autant besoin de la «médecine» des doulas!

Pourquoi cela?

Parce que jamais dans l’histoire de l’humanité les humains n’ont été aussi informés… et aussi seuls.

Jamais les familles n’ont eu autant d’options… et aussi peu de repères stables.

Jamais les femmes n’ont eu autant de possibilités… et jamais elles n’ont été aussi fatiguées, malades, et seules face à leurs choix.

C’est là que la doula de l’ère moderne arrive!

Face aux nombreux enjeux de l’ère moderne, la doula intervient là où les systèmes ont atteint leurs limites. C’est-à-dire, dans les complexités émotionnelles, relationnelles et identitaires qui font toujours surface (qu’on le veuille ou pas) quand on traverse un grand portail de la vie.

Voyez la doula comme une sorte de Marry Poppins qui débarque dans la vie des femmes et des familles pour apporter du soutien et des solutions lors des contextes de grands bouleversements identitaires (arrivée des ménarches, grossesse, postnatal, périménopause, maladie, deuil…).

Alors… ça mange quoi en hiver, une doula?

Des formations continues.
Des rencontres de mentorat.
Des cercles entre doulas.
Des lectures scientifiques.
Des remises en question salutaires.
Des silences parfois lourds.
Des larmes parfois.
Des rires souvent.

Des tisanes, oui.
Mais aussi du café.
Parfois beaucoup de café.
Souvent froid!

Sans blague, une doula se nourrit avant tout de ce sentiment si précieux d’être exactement à sa place lorsqu’elle s’assoit près d’un autre humain qui traverse quelque chose de grand.

Elle se nourrit de ces instants où le temps ralentit.
Où le silence vaut plus qu’un long discours.
Où un coussin placé au bon moment, une main posée avec tendresse, et un silence respecté, changent l’expérience en cours.

Elle se nourrit aussi des bénéfices quantifiables et étudiés de sa «médecine» de doula. Ceux-là même qui disent que la présence continue d’une doula est associée à moins d’interventions médicales, à des accouchements plus courts, à une diminution du recours à la césarienne et à l’analgésie, à une meilleure satisfaction des mères et à une réduction des symptômes anxieux et post-traumatiques en postnatal.

Elle se nourrit aussi de la conviction que l’être humain ne traverse pas les grands passages seulement avec son corps, mais avec son histoire, ses peurs, ses loyautés invisibles, ses fragilités et ses forces si uniques.

La doula se nourrit de réflexions profondes sur la vie, sur la condition des femmes, sur la solitude moderne des familles, sur ce que cela signifie réellement de « prendre soin ».

Elle se nourrit de rêves aussi…

Le rêve d’un monde où chaque communauté aurait ses doulas.Pour transmettre aux jeunes filles la sagesse de leur nature cyclique. Pour soutenir les femmes à travers leurs années fertiles. Pour accompagner les mères dans leurs métamorphoses successives. Pour marcher aux côtés des familles quand la Mère-Obscure du deuil, de la perte ou de la maladie, arrive dans leur maison.

Et enfin, la doula se nourrit d’espoir.

L’espoir d’un monde qui comprendrait que la santé ne se construit pas à coup de prise en charge médicale, mais bien dans la qualité des liens et des habitudes de vie. Elle sait que prévenir en amont coûte moins cher à l’âme et au corps que réparer par après. Elle sait que soutenir en amont transforme la vie en cours et la lignée à venir.

En conclusion – La doula, métier d’avenir dans un monde en transition

Si vous devez retenir une chose de ce billet c’est bien que la doula n’est pas un vestige du passé, mais plutôt un métier à la croisée de la science et de l’humain, de la rigueur et de l’intuition, de la tradition et de l’innovation sociale, dans un monde qui a désespérément besoin de ralentir et de revenir à son humanité.

Jamais dans l’histoire de l’humanité, l’humain n’a eu autant besoin de la médecine d’une doula et c’est pour cela que l’Institut Doulē existe. Depuis notre ouverture en janvier 2021, nous avons formé plus de 1 100 doulas large spectre, et constaté, à maintes reprises, à quel point leur présence transforme concrètement le vécu des femmes et des familles.

Que ce soit dans le devenir parent, la perte d’un proche, a traversée d’une chirurgie majeure (comme l’ablation de l’utérus ou d’un sein), le changement identitaire quand les enfants grandissent, la fin de la vie reproductive, une séparation, un changement de carrière, etc.

Ce sont ces récits, jour après jour, qui nourrissent notre engagement et renforcent notre conviction : un jour, chaque communauté devrait pouvoir compter sur ses doulas.

Si cette vision vous appelle, les inscriptions pour devenir DOULA LARGE SPECTRE à partir de la rentrée de septembre 2026 sont actuellement ouvertes. Vous trouverez tous les détails et les modalités d’inscription ici.

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